Actualités 2020/2021

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Ils décident mais ne connaissent rien aux métiers
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Conférence ZOOM Culture Soin et Démocratie :

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ROLAND GORI[1]
 
Suite au texte de Laurent Le Vaguerèse s’inquiétant de la résurgence d’une idéologie qui « évalue » les droits d’existence des « citoyens » à l’aune de leur  « qualité de vie », de leur « utilité sociale » ou de leur « espérance de vie » , je tombe ce matin, 5 février 2021, sur une tribune publiée le 5 février par Libération, datée du 1e février et  co-signée par Vincent Puybasset, étudiant en histoire et Odile Launay, professeure de maladies infectieuses à l’Université de Paris, respectivement représentant pour l’un, la jeune génération,  et pour l’autre, l’ancienne.

Avec tact et délicatesse on y apprend que « s’il n’est pas question de confiner les personnes vulnérables et les plus âgées de manière obligatoire, pour des raisons à la fois juridiques et éthiques, il paraît nécessaire de les appeler à un «auto-confinement» plus strict dans les semaines à venir, et ce malgré les efforts bien réels auxquels elles consentent déjà aujourd’hui. La santé des plus fragiles engage malheureusement l’existence des moins vulnérables à la maladie. D’ici quelques mois, les Français les plus exposés seront pour la plupart vaccinés et immunisés, grâce au choix consenti par tous de les rendre prioritaires dans l’accès à la vaccination. Il paraît légitime de leur demander, d’ici là et en échange, une vigilance accrue et maximale. Certains déplacements resteront néanmoins indispensables: courses, rendez-vous médicaux, déplacements pour se faire vacciner… Pourquoi ne pas leur réserver des horaires aux heures creuses dans les supermarchés ? ». L’esprit venant aux âmes bien nées, la tribune poursuit sur des propositions concrètes :  « Prévoir des livraisons à domicile de nourriture et de biens de première nécessité ? Vérifier l’installation informatique des plus anciens pour leur assurer une relation au moins virtuelle avec leur famille ? Ou encore, dans le cas d’une réouverture des salles de spectacle, mettre en place des sessions réservées aux plus fragiles, et d’autres aux moins vulnérables ? Une culture de l’épidémie reste à inventer. »

Le style, la posture éthique, la rationalisation politique sont modérés, habiles, face aux drames que nous connaissons, dépressions et suicides des « jeunes », fermetures des restaurants et des lieux de culture, réduction de la vie économique, il apparait que : « les plus fragiles ne sont plus seulement les personnes vulnérables à la maladie. A des degrés variés, nous sommes tous devenus vulnérables depuis mars. »

Qui pourrait le contester ? Sûrement pas le grand microbiologiste Charles Nicolle, opportunément cité dans cette tribune de Libération à propos du « génie propre du virus » capable de contourner les protections sanitaires pour mieux se reproduire. Certes. Mais Charles Nicolle est aussi celui qui écrivait, en 1933 : « la connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. Nous sommes aussi, à ce point de vue, quels que soient nos sentiments vis-à-vis d’eux, solidaires des animaux, surtout des bêtes domestiques […qui] portent souvent les germes de nos infections.[2]» 1933… date fatidique de l’arrivée au pouvoir des nazis avec leur idéologie malsaine, spencérienne, de sélection « naturelle », d’interdiction de protéger les faibles, les débiles, les « malbâtis » disait Herbert Spencer.

Nous pensions ce temps révolu. Nous avions tort. Foucault nous avait enseigné que dans la modernité, l’humain doit justifier ses droits à l’existence, que la biopolitique fait du vivant et de son corps un enjeu politique et le lieu des normalisations sociales. Agamben n’a cessé de le répéter : la politisation de la vie nue constitue l’élément décisif de la modernité. Il y a un lien serré entre le politique et la vie nue. L’épidémie est en train de se révéler comme le scalpel qui ouvre l’anatomo-politique du corps social moderne.

Et, une fois encore nos ordres juridico-politiques se trouvent hantés par les formes réactualisées du passé. Adorno nous avait averti : « même en pleine prospérité, même lorsque temporairement, on manque de main-d’œuvre, la plupart des hommes s’éprouvent secrètement comme chômeurs potentiels, assistés, et du même coup comme objets et non plus comme sujets de la société : voilà la raison légitime et hautement vraisemblable de leur malaise. Il est évident qu’à un moment donné, ce malaise peut susciter un blocage, un retour vers le passé, et être manipulé jusqu’à provoquer le retour du malheur.[3] » C’est, précise-t-il, que le fascisme survit moins à cause des nostalgies des organisations néo-nazies que parce que nous n’avons pas changé dans les conditions sociales actuelles les facteurs de son émergence. Ce n’est pas en tant que souvenirs, dont certains pourraient avoir la nostalgie, que survit le nazisme mais en tant que virtualités des conditions actuelles de la démocratie. Ce qui le conduit à affirmer : « j’estime que la survie du nazisme dans la démocratie présente plus de dangers potentiels que les tendances fascistes dirigées contre la démocratie.[4] »
Nous le savons, en 1920 le juriste Karl Binding et le professeur de médecine Alfred Hoche publient un ouvrage statuant sur « l’autorisation de supprimer la vie indigne d’être vécue ». Les nazis en feront une industrie politique ! L’euthanasie devient le concept juridico-politique qui circonscrit le statut de « citoyen ». L’économie humaine rationalisée est en marche : « nous nous rapprochons de plus en plus d’une synthèse logique de la biologie et de l’économie [ …] la politique devra être en mesure de réaliser toujours plus étroitement cette synthèse […] », comme l’écrit en 1942 le nazi Reiter. Sans devoir développer ici ce que j’ai analysé dans mon dernier essai,  Et si l’effondrement avait déjà eu lieu. L’étrange défaite de nos croyances, (Paris, LLL, 2020),   essayons d’analyser ce retour d’une pensée qui fonde les droits du citoyen non sur son appartenance nationale mais sur sa position statistique sur une distribution biopolitique des populations, comme une forme réactualisée d’un vieux paradigme dont le nazisme a fait sa justification juridique et son concept politique.

Inutile de conduire un procès d’intention en nazisme à ces auteurs de la tribune étudiée, ils ont, l’un comme l’autre des soucis humanitaires les conduisant à proposer que pour les « vulnérables », écartés un temps de la communauté des citoyens, on leur livre des repas à domicile ou on leur réserve des plages horaires de visites des musées. Le problème n’est pas l’intention des auteurs. Le problème est de fonder une politique, une biopolitique des droits sur l’inégalité de valeur des vies. C’est précisément dans le texte de la tribune :  « Pierre angulaire de notre système de droits, l’égalité ne doit pas faire oublier que toutes les tranches de vie ne se «valent» pas, vérité qu’il n’est possible de reconnaître que dans des circonstances aussi dramatiques que celles actuelles. Les besoins ne sont pas les mêmes à tous les âges non plus. » Les jeunes  « auront à reconstruire notre société et à assumer dans le futur les investissements massifs et légitimes consentis pour répondre à la crise. Face au seul critère de la mortalité se dressent des vies sinon «perdues» du moins «empêchées» ou considérablement «réduites». »

L’enjeu est précisément là : conduire une politique, non sur la parole et le débat public, mais sur un critère politique mettant à contribution les citoyens non sur leur fortune par exemple mais sur leur appartenance à une classe d’âge définissant leurs droits. C’est le moment où il s’avère impossible de ne pas évoquer cette terrible phrase de Georg Orwell si souvent citée par le sociologue Fréderic Pierru : « lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon. » Nos sociétés modernes, à l’image des sujets qui les composent et dont nous nous occupons,  cèdent volontiers à l’oubli. Il est urgent de relire  L’étrange défaite (1940) de Marc Bloch : « le proche passé est, pour l’homme moyen, un commode écran : il lui cache les lointains de l’histoire et leurs tragiques possibilités de renouvellement. »
 
 

 

[1] Roland Gori, psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie clinique à l'université d’Aix Marseille. Auteur de Et si l’effondrement avait déjà eu lieu. L’étrange défaite de nos croyances, Paris, LLL, 2020.  

[2] Charles Nicolle, 1933, Destin des maladies infectieuses, Paris, PUF, 2012, p 21.

[3] Theodor W. Adorno, 1963, « Que signifie : repenser le passé ? », in : Modèles critiques, Paris, Payot, 2003, p 121.

[4] Theodor W. Adorno, 1963, « Que signifie : repenser le passé ? », in : Modèles critiques, Paris, Payot, 2003, p 112.

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Le colloque Impostures et Vérités

Conférence de Roland Gori  



 

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COMMUNIQUE DU RASSEMBLEMENT DES PRATICIENS DU SOIN PSYCHIQUE 

 

Montreuil, 2 mai 2021

La pandémie vient de nous rappeler ce que constatent tous les jours dans la prise en charge des souffrances psychiques et sociales les professionnels du soin. L’équilibre et le développement du sujet humain dépendent étroitement de son environnement social et culturel. Les relations humaines exigent un soin, un souci, une sollicitude qui mobilisent tact, délicatesse et parole pour accueillir et traiter la vulnérabilité spécifique de notre humanité. Et ce d’autant plus lorsque le sujet humain, conjecturalement ou structuralement, est en proie à l’angoisse et à la détresse. Les professionnels du soin doivent connaitre les pratiques ou méthodes de soin sans pour autant se réduire à des techniciens taylorisés d’une chaine de production sanitaire sans âme et sans conscience. Plus encore que dans d’autres métiers soumis aujourd’hui à cette violence technocratique, les professionnels du soin psychique doivent pouvoir exercer leurs métiers en connaissance de cause.

Pourtant, là comme dans les secteurs de la recherche, de l’éducation, de la justice et du travail social, une politique de « casse des métiers » se met en place par le jeu de prescriptions normatives, d’arrêtés et de projets de lois purement sécuritaires augmentant les dispositifs de contrôle aux dépens de la qualité des soins. Pour les plus récents : la création forcée des Plateformes diagnostiques, la publication de l’Arrêté du 10/03/2021 relatif à la définition de l’expertise spécifique des psychologues, ou encore la Proposition de loi de création d’un Ordre des psychologues. La poursuite, voire l’accélération de cette politique, imposée de façon anti-démocratique, dans le mépris absolu des associations et organes de représentation des professionnels, se prévaut d’une vision réductrice, neurocognitive et sécuritaire du sujet humain. Elle a pour conséquence la destruction des pratiques, des dispositifs de soins et des statuts professionnels. Plusieurs de ces « coups d’Etat bureaucratiques » ont été réalisés avec la complicité de responsables partisans d’une éradication des théories et des pratiques psychodynamiques, peu soucieux de masquer leurs conflits d’intérêts épistémologiques et marchands. Un sujet humain sans environnement, sans histoire, sans culture, sans responsabilité, piloté par ses neurones, ne correspond pas à notre expérience du soin, et pas davantage à notre désir de progrès et de justice sociale.

Face à ces attaques contre le soin tout autant que contre la démocratie, et dans la perspective des « Assises de la psychiatrie et de la santé mentale » montées dans la précipitation, il faut plus que jamais rester réunis pour construire une réponse concertée. Cette réponse ne saurait être cantonnée à la psychiatrie ou à la psychologie, elle concerne tous les métiers aujourd’hui impactés par une logique purement comptable et instrumentale qui compromet les services que nous devons aux citoyens.

 

Communiqué des collectifs Appel des Appels / Collectif des 39 / Printemps de la psychiatrie, qui ont initié le rassemblement in vivo et « en visio » de plus de 700 personnes issues des collectifs, associations et collèges professionnels, associations des patients, organismes représentatifs de familles, organisations syndicales et citoyennes.

 

Prises de parole : Appel des Appels, Printemps de la psychiatrie, Collectif des 39, SNP, SUIEERPP, FFPP, Inter-collège Psychologues PACA, Collectif POP, Collectif Grand Est, Fédération CMPP Bretagne, FDCMPP, Collectif CMPP N-A, Humapsy, La Main à l’Oreille, RAAHP, Le Fil Conducteur Psy, API, Stop-DSM, CEMEA, Albert Ciccone, Pierre Delion, Roland Gori, …

ROLAND GORI

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© 2017/2021  Amélie Minier pour Roland GORI

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